Yoann Fleurice

Thérapeute, formateur

Aventures Humaines #2

 

Entrer en Soi, le grand voyage


AVENTURES HUMAINES #2

 


Il y a des choses que nous faisons en sachant, quelque part, qu’elles ne nous conviennent pas.
Nous restons dans une situation qui nous épuise.Nous acceptons ce que nous ne voulons plus accepter.Nous poursuivons une route dont nous ne savons plus très bien pourquoi nous l’empruntons.
Et puis parfois, quelque chose casse.
Une crise.Une rencontre.Une séparation.Une souffrance.Une maladie parfois.Ou simplement cette sensation étrange, difficile à expliquer : « je ne peux plus continuer comme ça. »
Ce moment peut être terrible.
Mais il peut aussi être le commencement de quelque chose.
Car lorsqu’il devient impossible de continuer à vivre uniquement à la surface de soi-même, une question finit par apparaître :
Qu’est-ce que je veux vraiment ?
Et derrière cette question, une autre, beaucoup plus vertigineuse :
Qui suis-je ?
C’est peut-être là que commence le seul grand voyage qui vaille vraiment la peine d’être entrepris.
Le voyage intérieur.
Jung parlait de l’accomplissement du Soi : non pas devenir quelqu’un d’autre, ni fabriquer une version améliorée de soi-même, mais progressivement devenir celui ou celle que nous sommes en profondeur.
Une aventure autrement plus difficile que de changer de pays, de métier ou de maison.
Parce que le territoire à explorer est en nous, et il est vaste !
Et il n’est pas toujours … très accueillant.

Je me demande parfois si les monstres qui peuplent les mythologies de l’humanité sont réellement des monstres.
Ou plutôt s’ils ne seraient pas des figures de l’intériorité.
Les Cyclopes.Les Sirènes.Les Dragons.Les Vampires.Les Fantômes.Les Sphinx.Et tous les monstres, tous les héros et tous les méchants que les hommes ont inventés depuis qu’ils racontent des histoires.
Et si nous les avions simplement placés dans des récits parce qu’il était plus facile de les regarder à l’extérieur ?
Le Dragon pourrait être notre rage.
Mais peut-être aussi notre puissance. St Michel n’est pas loin !
La Sirène pourrait être cet appel délicieux vers la facilité, la gratification immédiate, la compulsion, tout ce qui nous attire alors même que nous savons que cela nous éloigne de nous-mêmes.
Le Vampire pourrait être ce qui nous vide.
Le Fantôme, ce qui n’est pas terminé.
Le Sphinx, l’énigme que nous devons résoudre avant de pouvoir continuer notre chemin.
Le Cyclope, peut-être, cette vision unique et enfermée qui ne voit plus le monde que depuis un seul point de vue.
Et le monstre que nous redoutons le plus est parfois celui qui nous ressemble le plus.

Le problème, c’est que notre époque ne nous encourage guère à entreprendre ce voyage, elle nous met dans l’illusion que ce voyage n’existe pas, que l’intériorité est… une Chimère ( ! ) 
Cette époque curieuse, magnifique extérieurement et famélique intérieurement, nous apprend à faire, … beaucoup, plus,… toujours plus…
À produire.À consommer.À comparer.À posséder.À nous montrer.À nous distraire.
Mais beaucoup moins à nous connaître.
Nous devenons extraordinairement compétents pour modifier le monde extérieur et parfois étrangement démunis lorsqu’il s’agit de comprendre ce qui se passe à l’intérieur.
Nous flottons à la surface du Réel.
Et parfois même à la surface de nous-mêmes.
Comme si l'intériorité était devenue une pièce inutile de la maison humaine.

Et cette manière d’habiter le monde extérieur n’est peut-être pas sans rapport avec notre manière d’habiter notre monde intérieur.
Nous avons longtemps pensé notre relation à la nature en termes de conquête, d’exploitation, d’utilisation, de possession.
Le vivant devient une ressource.
La forêt devient du bois.
L’animal devient une production.
Le paysage devient un espace à aménager.
L’autre devient parfois un objet à utiliser.
Et notre propre corps ?
Une machine à optimiser.
À réparer.
À faire fonctionner.
À pousser.
À anesthésier.
À modeler.
À faire taire lorsqu’il dérange.
Il n’est peut-être alors pas si surprenant que notre environnement souffre.
Peut-être avons-nous oublié quelque chose d'essentiel :
nous n'habitons pas le monde comme des propriétaires. Nous sommes dedans.
Et peut-être en est-il de même de notre corps.

Alors, que se passe-t-il lorsque nous commençons réellement à entrer en nous ?
Nous rencontrons des choses magnifiques.
Mais aussi des choses que nous avions soigneusement évitées.
Nos peurs.Nos jalousies.Nos colères.Nos contradictions.Nos désirs.Nos blessures.Nos dépendances.Nos rêves abandonnés.
Nous rencontrons nos Dragons.
Et le travail n'est pas nécessairement de les tuer.
Peut-être faut-il parfois apprendre à les apprivoiser.
Une colère peut détruire.
Mais la même énergie, transformée, peut devenir courage.
Une peur peut nous enfermer.
Mais elle peut aussi nous apprendre à être prudent.
Un désir peut devenir compulsion.
Mais il peut aussi devenir élan.
La puissance qui nous effraie peut parfois devenir précisément celle qui nous permettra d'aller plus loin.
C’est peut-être cela, grandir.
Ne plus chercher à supprimer toutes les parties de soi qui nous dérangent, mais apprendre à les connaître, à les intégrer, à les transformer.

Scott Peck appelait cela « le chemin le moins fréquenté » ( lecture vivement conseillée ! )
Ce n’est pas forcément le chemin le plus confortable.
Mais peut-être est-il indispensable.
Parce qu’on ne devient pas soi-même en évitant indéfiniment ce qui se trouve en soi.
On devient soi-même en acceptant d’y entrer.
Et peut-être que notre corps est, dans cette aventure, beaucoup plus qu'une simple machine.
Peut-être est-il à la fois gardien, temple et creuset.
Le lieu où notre histoire s’inscrit.
Le lieu où nos tensions se rencontrent.
Le lieu où le monde extérieur et notre monde intérieur se répondent.
Cela ne signifie pas que toute maladie serait un message qu’il suffirait de décoder.
Ce serait beaucoup trop simple.
Mais cela pose une question qui mérite peut-être d’être explorée :
Et si notre santé était aussi, parfois, intimement liée à notre manière d’habiter notre propre vie ?
Alors les travaux d’Hercule ne seraient peut-être pas seulement ceux des héros de la mythologie.
Ils seraient aussi les nôtres.
Nos monstres à rencontrer.
Nos épreuves à traverser.
Nos forces à découvrir.
Nos ombres à intégrer.
Et, au bout du chemin, peut-être pas un autre nous-même…
Mais un peu plus de nous-même.
Bienvenue dans le voyage.

 

 

A suivre...

 

 

Yoann Fleurice