Pourquoi ? Pour qui ?

Voici une séance de questions réponses sur le sujet à laquelle s'est prêté Yoann Fleurice...

Spiritualité est un terme galvaudé et qui peut soulever des craintes...
YF : "Tout à fait. Non seulement il peut, mais je constate qu'il le fait. Une énorme peur des sectes, souvent justifiée, parfois exagérée, est largement répandue. Je vois la spiritualité comme un long chemin de conquête des capacités humaines les plus élevées : toute activité peut devenir spirituelle, Arts et spiritualité - Bougies ambiance zensi elle vise un dépassement de soi constructif et porteur, signifiant pour celui qui s'y adonne. Mais elle peut devenir une sorte d'égarement New Age, "tendance", voire un refuge dont la principale motivation est la fuite du réel, si difficile à assumer parfois. Pire encore, elle peut devenir le prétexte à la gouroutisation d'un individu, avec tout les dangers que cela comporte... C'est l'état d'esprit dans lequel on effectue quelquechose qui va en déterminer la nature spirituelle ou non : le maçon qui monte un mur parce c'est son boulot et "qu'il faut bien gagner sa vie " ne joue pas dans la même catégorie que celui qui monte un mur parce qu'il aime ca, qui s'applique avec calme et attention, parce qu'il veut offrir une maison bien batie et faire son travail de toute son âme . C'est là une des clés pour comprendre les différences fondamentales entre emploi, métier et vocation..."

L'Art est selon vous spirituel alors ?
YF : "Oui et non... Pas en soi : il ne le devient que quand l'Artiste et son Art entament un dialogue qui pousse l'Artiste à la conquête de ses capacités les plus nobles, et quand l'Art devient pour l'Artiste un moyen de connaissance de soi, une porte vers son intériorité. Mais celle-ci est personnelle et relève de l'intimité... c'est à chacun d'aller y puiser. J'ai eu la chance, de par mon parcours de pianiste, de rencontrer quelques Artistes exceptionnels,... tous les grands artistes ont ce petit éclat dans l'oeil, cette profonde humilité, cette ouverture d'esprit, cette attitude bienveillante sans être mielleuse qu'ont les êtres qui ont parcouru un certain chemin intérieur, qui est de l'ordre d'une mise au clair avec ses démons, ses projections, son histoire personnelle, etc. Sans passer ses étapes intérieures, la progression de l'artiste est bloquée à un moment ou à un autre. L'Art est un moyen d'entrer profondément en relation avec Soi..."

Vous parlez de spiritualité à vos élèves pianistes ?
YF : "Très rarement : nombre d'entre eux sont bien trop jeunes pour cela et, sauf cas très exceptionnel, cela dépasse largement la fonction qui m'est assignée. Par contre, il est indéniable que progresser en piano suppose parfois des remises en questions, des modifications de son rapport à l'instrument et à la musique qui relève d'un chemin intérieur qui peut ressembler parfois à de la psychothérapie et qui jalonnent aussi un parcours intérieur spirituel. Par exemple : savoir s'organiser dans son travail, savoir accepter ses limites, accepter de se tromper, quitter la volonté de perfection : c'est parfois très difficile pour certains, et tout cela relève de ressorts psychologiques indéniables. Il est à ce titre bien dommage que les professeurs de piano soient si peu formés à la psychologie, car les cas de transferts, de difficultés sur des points de motivation, de blocages d'origine psychologique, etc... sont extrêmement fréquents."

En quoi le piano peut-il devenir une activité de nature spirituelle ?
YF : "Quand la pratique instrumentale est consciemment devenue une porte vers la compréhension non seulement du texte musical dans toute sa subtilité ( c'est un chemin sans fin ! ) mais aussi de la richesse intérieure de l'interprète sans laquelle une belle interprétation est impossible. C'est de cette résonance entre les deux que naît une belle interprétation... Il y a aussi cette adéquation corporelle à l'instrument et à l'intention esthétique du musicien, qui relève d'une juste attitude corporelle qui peut aller très loin, et là je renvoie à ce que j'ai dit du travail de Marie Jaell et à mon texte sur les liens entre Tai Chi et piano. J'aime à dire que jouer du piano, c'est un peu être un danseur de musique, d'une danse adaptée au piano pour que celui-ci transforme l'intention esthétique préalable en monde sonore, par le vecteur du mouvement. Que ce vecteur soit efficace et neutre (dans le sens qui ne brouille pas le message ) constitue un des fondements d'une pédagogie musicale efficace. Quand cette adéquation est faite, la pratique musicale devient un plaisir renouvelé, celui de travailler pour aller plus loin, celui de jouer, de vibrer du contenu signifiant du texte musical. On joue comme on est. Le piano est un miroir : il est parfois difficile de s'y voir, mais il nous permet aussi de nous transformer pour voir, par le biais des grandes oeuvres du répertoire, ce qu'il y a de plus beau en nous : la vie dans toute sa diversité. La musique est la langue la plus proche de la vie elle même, comme la danse : par le mouvement, elles se rejoignent. C'est dire si le lien entre pratique pianistique et spiritualité n'apparaît qu'à haut niveau ! Par contre, avoir conscience de tout cela peut transformer la pédagogie et la rendre plus efficace, même vis à vis des plus jeunes, c'est tout l'objet de certaines de mes recherches et du livre que j'ai commencé à écrire."

Vous dites que la spiritualité nous concerne tous, ...c'est à dire ?
YF : "Chacun d'entre nous s'est posé un jour la question centrale : "quel est le sens de mon existence ? pourquoi le monde, pourquoi ma vie ?". La spiritualité selon moi, c'est la recherche et la "mise en pratique " d'une réponse à cette question fondamentale, réponse la plus porteuse de sens, de joie et d'épanouissement. Il y a un mot que j'aime beaucoup, et que tout les pianistes devraient méditer, c'est le mot " main-tenant" : le présent est entre nos mains, ... qu'allons nous en faire ? Le chemin spirituel devient alors on ne peut plus concret : c'est dans nos actes que se crée le monde, à chaque instant. Nous devons nous positionner face au monde en permanence, y participer le mieux possible, et agir de sorte que notre " faire " soit le reflet de ce que nous sommes, de ce que nous avons décidé de construire. L'absence de projet porteur et signifiant qui nous motive et nous dépasse engendre un sentiment détestable d'absurdité et d'inutilité, source de bien des tendances dépressives. Cette nécessité d'action correspondant à nos choix intérieurs se retrouve dans le mot " hu-main", de la même racine que "humus" et "humilité", racine qui signifie "Terre". C'est le socle fondamental... C'est l'humilité de l'acte porté par un être conscient, qui par ses actes manifeste le plus beau, le plus élevé de ses objectifs. Cet objectif peut etre artistique, et dans ce cas Art et Spiritualité s'embrassent. La spiritualité n'est donc pas un engagement aveugle dans une foi édictée (qui relève d'une prise de pouvoir d'un individu ou d'un groupe sur un autre), elle est dans l'intime adéquation de l'être avec l'existence qu'il décide de mener, et avec ce pour quoi il semble fait ( qui relève de la liberté fondamentale d'un individu ). L'équilibre et le bonheur simple d'être résultent de cette adéquation entre l'homme et ce que la Tradition Chinoise désigne comme son " mandat du ciel " qui consiste en l'utilisation de ses dons, pour son bonheur et celui de tous. Et ces dons peuvent être ce qu'il y a de plus modeste et simple comme savoir cuisiner, bricoler. L'essentiel est dans la relation entre la pratiquant et la pratique... C'est ainsi que certains pianistes sont excellents et font une grande carrière et en même temps sont intérieurement perdus, fragiles et tristes... leur réussite n'est qu'apparente, et elle les isole encore plus de ce qu'ils sont en vérité !! Je fais partie de ceux qui pensent que chacun d'entre nous à des talents nombreux et uniques qui doivent être cultivés... L'humanité est encore très loin du potentiel qui est le sien. A l'ère du " règne de la quantité " ( - titre d'un ouvrage remarquable de René Guénon - ), il m'apparait indispensable d'aller à la qualité : non pas aller à ce qui est quantifiable, interchangeable, reproductible, j'allais dire... " clonable ", mais à ce qui est unique, non-mesurable mais appréciable, perceptible. Chacun d'entre nous doit aller vers ce qu'il a d'unique, c'est cela le chemin spirituel selon moi,... il est très subversif et exigeant mais apporte à celui qui s'y engage beaucoup de joies inaltérables."

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Article de Yoann Fleurice sur l'arachnophobie

11682277 2183412Parution de l'article (première partie) rédigé par Yoann Fleurice sur l'arachnophobie dans la revue Néosanté de Janvier No 41

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